Incendie de la fourrière municipale : l’écran de fumée des autorités

160 véhicules ont pris feu lors de l’incendie criminel survenu dans la fourrière municipale de Planoise le 31 Décembre 2019. Alors que nombre d’habitants inquiets se demandent ce qu’ils ont respiré ce jour-là sous l’immense panache de fumée noire, les pompiers et l’Agence régionale de santé refusent de rendre publics les relevés de composés toxiques réalisés par le SDIS au plus fort de l’incendie.

Comme des milliers de personnes habitant à Planoise, nous étions aux premières loges, le 31 Décembre. Une odeur nauséabonde de pneu brûlé a envahi pendant plus d’une journée le siège du Compost, situé Avenue de Bourgogne. Forcément, on a cherché à connaître la teneur en gaz toxiques de l’air à ce moment-là.

D’après les informations diffusées par l’antenne locale de l’Agence régionale de santé (ARS), deux types de mesures de la qualité de l’air ont été réalisées.

a) ATMO Besançon a relevé sur ses stations de mesure, tel qu’elle le fait quotidiennement, des informations concernant les niveaux de particules et d’oxydes d’azote. Elle a ainsi enregistré des pics à 15h et 21h, sans dépasser le niveau d’information et de recommandation réglementaire. Bien qu’étant mentionnées à l’envi par les autorités, ces données ne sont absolument pas représentatives de la pollution subie à Planoise. Car les stations fixes d’ATMO mesurent peu de paramètres et sont très éloignées du lieu de l’incendie. Les plus proches se trouvent toutes deux  à plus de 4 km de la fourrière à vol d’oiseau, rue de la Prévoyance et rue Mégevand. Jusqu’au 3 Janvier, date à laquelle ATMO a installé une station provisoire aux abords de la fourrière, l’association n’a pu réaliser aucune mesure dans le quartier.

b) Le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) a mesuré les composés présentant des risques d’intoxication à court terme lors de l’incendie. A notre connaissance, il s’agit des seules mesures réalisées à Planoise le jour du drame. L’ARS en a reçu une copie et nous assure, sans autre explication, qu’elles n’ont pas mis en évidence de risque pour la population. C’est là qu’on tousse un peu. Peut-on sérieusement porter du crédit à des conclusions scientifiques sans avoir pris connaissance du moindre chiffre ?

Quand la santé publique devient affaire privée

Contactée par le Compost, l’ARS refuse toute communication des données qui lui ont été transmises par les pompiers, prétextant que celles-ci ne refléteraient pas l’exposition générale de la population. « Après échange avec le SDIS, je vous informe que les mesures réalisées [par leurs services] sont à vocation opérationnelle afin d’orienter l’intervention des pompiers, dans une situation de risque chimique d’intoxication aigu, pour décider des mesures de confinement voire d’évacuation de la population » nous écrit la responsable santé et environnement de l’ARS, niant le caractère communicable de ce document administratif.

Interrogés dans leurs bureaux, deux lieutenants-colonels des pompiers nous indiquent que ces relevés de composés toxiques ont été réalisés à plusieurs endroits de Planoise, compris entre le foyer de l’incendie et des zones situées à 1 km du feu. Combinées aux travaux d’ATMO, qui a modélisé les dispersions du panache de l’incendie, les informations du SDIS devraient permettre de connaître le niveau d’une éventuelle exposition de la population à des substances cancérigènes.

« Ce relevé, je ne vous le donnerai jamais ! »

Mais chez les pompiers, la transparence n’est pas à l’ordre du jour. « Il est toujours compliqué de balancer des chiffres ! » s’exclame l’un des deux gradés. « Aujourd’hui, tout le monde est dans une sorte de psychose : Oh là là, on va tous mourir parce qu’il y a des particules fines ! » déplore-t-il. Lorsqu’on lui demande d’exercer notre droit d’accès au relevé de composés toxiques, il se tend un peu : « Ce relevé, je ne vous le donnerai jamais ! » Pourquoi donc ? « Parce que les gens ne peuvent pas comprendre. A chaud, ils pensent qu’ils vont mourir, ça les renvoie à de l’incertitude. Aujourd’hui, les gens veulent être sécurisés. »

Jetant un œil à ses documents par-dessus son épaule, on apprendra tout de même que « les rejets ont été dilués à 80 % au-delà d’un kilomètre ». Quid de ceux qui auraient pu être constatés en-deçà d’une aussi importante distance ? On n’en saura rien. « Nos mesures n’ont pas vocation à exprimer le fait que la population est en sécurité partout » nous indique un lieutenant-colonel responsable des analyses chimiques. « Évidemment que l’air n’était pas sain, sinon on ne serait pas là ! » Apprenant qu’on envisage d’entamer une procédure juridique pour demander la communication sous astreinte de ces mesures, le pompier nous narguera : « Vous serez bien dans la merde si vous demandez les documents au tribunal administratif ! Vous les obtiendrez dans un an ou deux. » Charmant.

A.R.


Photographie : Intervention des pompiers lors de l’incendie criminel de la fourrière municipale à Planoise, le 31 Décembre 2019 © AR / Le Compost