L’écologie bisontine belle comme un camion

Vroum, vroum, la mairie de Besançon participe au financement d’un rallye de 1500 km hors-piste dans le désert marocain.

C’était quelques minutes après que le maire LREM Jean-Louis Fousseret se soit lui-même félicité de sa prétendue politique écologiste. Le conseil municipal a voté jeudi 12 Décembre le versement d’une aide de 700 euros à une association participant au Rallye Aïcha des gazelles, une course féminine de 150 véhicules (4×4, camions, SSV et quads) à travers le désert. La délibération a été présentée, accrochez-vous bien, comme un geste fait en direction du « développement durable » et de la « lutte contre les discriminations ».

Polluez proprement !

Le Rallye des gazelles repose sur une organisation bicéphale. D’un côté, une agence publicitaire située dans le Gard, Maïenga, s’occupe de l’organisation de l’évènement et de la commercialisation de prestations : droits d’inscription à la course, location de véhicules, intendance, publicité des sponsors. De l’autre, l’association Cœur de gazelles, financée par le Ministère de la santé marocain et les véhicules Volkswagen, offre aux autochtones les services d’une caravane médicale suivant le parcours des compétiteurs. Au-delà de cette mission, la seconde structure se charge de donner une dimension « éco-responsable » à un événement inutilement polluant. Pour cela, elle s’emploie notamment à réutiliser en matériaux de construction les bouteilles d’eau minérale en plastique consommées sans modération par le rallye. Objectif : offrir une bonne conscience aux organisateurs, qui louent aux producteurs de ces mêmes bouteilles d’innombrables espaces publicitaires sur les véhicules et médias partenaires de l’événement.

Comprenez, depuis l’ostracisation du Paris-Dakar, teinté de néo-colonialisme, il faut enrober ces concentrations de bolides nuisibles d’une novlangue écologiste. Affirmer qu’on s’est verdis pour pouvoir continuer à polluer. On remarquera à ce propos que le rallye s’est doté d’une « charte du développement durable ». Certifié par l’AFNOR, il invite les conductrices des 4×4 de ne pas jeter leurs détritus dans la nature, à ne pas privilégier la recherche de vitesse ou à ne pas trop traîner sous la douche lors des haltes. Avec une telle attention portée à l’environnement, tout va bien, on peut continuer à faire du hors-piste destructeur et polluer l’air.

Vacances de luxe au bled

Dans la grande salle de l’Hôtel de Ville, jeudi dernier, on a eu quelques difficultés à comprendre qui était le bénéficiaire réel de cette subvention. Chargée de la présentation orale du dossier, la première adjointe LREM Danielle Dard a uniquement évoqué les modalités d’organisation du rallye et les activités de l’association humanitaire Cœur de gazelles, s’appuyant sur les éléments d’une plaquette de com’ fournie par l’agence Maïenga.

Tandis que dans l’ordre du jour du conseil municipal et les documents préparatoires des élus, c’est une tout autre association qui apparaît. Celle-là porte de manière surprenante un nom quasiment identique à celui de l’association Cœur de gazelles.

Contrairement à son presque homonyme, Sourires et rêves de gazelles, destinataire de la subvention municipale, n’est ni dotée de dispositifs médicaux, ni d’un agrément d’utilité publique. Se plaçant dans le sillage de l’association humanitaire sans entretenir le moindre lien avec celle-ci, elle est née en mai dernier de la seule initiative d’une Bisontine et d’une Francilienne souhaitant se faire offrir leur droit d’entrée à des événements sportifs.

Car pour aller pétarader dans les dunes, il faut collecter de l’argent si l’on ne veut pas casser sa tirelire. L’inscription au rallye coûte 14 980 euros, somme à laquelle il faut ajouter la location du véhicule, 6000 euros, une assurance à 1000 euros, et divers autres frais. D’après les organisateurs en personne, on ne s’en sort pas en-dessous de 30 000 euros par équipage ; c’est le prix minimum à payer pour passer neuf jours dans le désert « sous le haut patronage de Mohamed VI ». L’événement, présenté par l’équipe municipale comme un vecteur de « promotion des femmes » et de « lutte contre les discriminations », n’en demeure pas moins une coterie à laquelle participera Sophie Tapie, fille de Bernard, et moult héritières.

Les écolos adoptent la pensée complexe

Interrogée à la fin du conseil municipal, Anne Vignot, adjointe au maire Europe écologie – Les Verts, nous indique pourtant que « [la plupart des élus] sont convaincus de mener une opération caritative. » Il faut dire, à leur décharge, que les explications données ce soir-là à ce sujet étaient de nature à créer une légère confusion dans leur esprit. « On n’est pas d’accord pour soutenir des événements autour de l’automobile, parce que cette société de l’automobile nous a emmené là où l’on est aujourd’hui en matière de climat », précise-t-elle. Pour autant l’élue ne s’est pas opposée à l’octroi de cette subvention, « car la vie n’est pas binaire, vous savez ! » Elle s’est simplement abstenue de la voter, comme neuf autres de ses collègues. « Nous, écologistes, on a dit okay pour le caritatif, mais pas d’accord pour l’impact sur l’environnement. »

Ah, c’est beau le caritatif ! Surtout lorsqu’on apprend que l’une des deux demandeuses de la subvention est cadre supérieure.  A quand une motion pour sauver les CSP plus ?


Photographie : Un 4×4 dépolluant l’air, lors de l’édition 2015 du Rallye des gazelles.