Quand l’Est Républicain bafoue la présomption d’innocence

La rédaction bisontine de l’Est Républicain vient de nouveau de se couvrir d’ignominie. Après avoir diffusé sans floutage les images de gilets jaunes dégradant un radar, et ainsi permis à la justice d’identifier puis sanctionner lourdement les auteurs des faits, le journal [propriété du Crédit Mutuel] a publié hier sur son site, samedi 9 Novembre, une vidéo montrant un jeune homme entravé par la gendarmerie au cours de son arrestation le même jour. Il s’agit d’un gilet jaune mineur, venu protester contre la visite à Besançon de Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique.

Si la première vidéo posait « simplement » un problème moral et déontologique concernant le rôle des journalistes et leur attitude à l’égard de la population, la diffusion de la seconde est quant à elle clairement contraire à la loi. Comme le dispose l’article 35 ter de la loi du 19 Juillet 1881, « la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image d’une personne identifiée ou identifiable mise en cause à l’occasion d’une procédure pénale mais n’ayant pas fait l’objet d’un jugement de condamnation et faisant apparaître, soit que cette personne porte des menottes ou entraves, soit qu’elle est placée en détention provisoire, est punie de 15 000 euros d’amende ». Connu de tout média digne de ce nom, ce texte vise à protéger la présomption d’innocence des personnes mises en cause, leur assurant donc le droit de ne pas être présentées à la population comme des délinquants avant même que leur culpabilité (ou leur innocence) ait été établie par la justice.

Loin de se contenter de jeter un jeune en pâture avant tout éventuel procès, l’Est Républicain s’abstient bien sûr d’apporter la moindre précision au sujet des circonstances et des motifs de l’arrestation dans le billet accompagnant les images. Céline Mazeau, journaliste et auteure de la vidéo, n’a à aucun moment cherché à s’en informer avant la publication. Son traitement journalistique de l’événement aura au moins le mérite de nous éclairer sur les « raisons » pour lesquelles l’Est Républicain était ce jour-là l’un des deux seuls médias autorisés à assister à la réunion de la macronie, pendant que deux autres en étaient éloignés avec force ou véhémence par des vigiles, à la demande des organisateurs locaux.


Photographie : Capture d’écran de la vidéo de l’Est Républicain, floutée par nos soins, montrant l’arrestation d’un gilet jaune lors de la visite de Brune Poirson, le 9 Novembre 2019.


Addendum, 12 Novembre 2019 : Venant de prendre connaissance de notre article, l’Est Républicain a supprimé hier de son site internet la page incriminée. Nous en publions ci-après une capture d’écran, elle-aussi floutée par nos soins, afin qu’il reste une preuve de sa brève existence.