Face à l’exploitation animale dans les cirques, Besançon ferme les yeux

Depuis 2014, l’association Humanimo dénonce l’exploitation d’êtres vivants par certains cirques se donnant en spectacle à Besançon. En réponse à cette indignation citoyenne, le maire explique actuellement à la population que la pratique aurait disparu du territoire communal, interdite par une délibération… qui n’existe pas.

« Sur Besançon, on n’accepte plus les cirques avec animaux. » En entendant les déclarations assurées du maire de Besançon Jean-Louis Fousseret, au grand débat national du 4 mars, organisé par la Ville à l’école Jean Zay, on a bien failli tomber de notre chaise en plastique. Car l’avant-veille de la réunion publique, le Cirque sur l’eau, venu de Toulouse, officiait encore sur le parking de Micropolis avec sa ménagerie, deux jours durant. « Ah bon, il y avait un cirque à Micropolis ? » s’étonnait Jean-Louis Fousseret, interpelé au débat par « Le Compost », et visiblement pas très informé des activités de l’établissement, dont il est pourtant président-directeur général…

A ses côtés, Myriam Lemercier, conseillère municipale et départementale LREM, nous donnait un autre son de cloche, tout aussi déconcertant : « Les cirques, ils ont des animaux mais ils ne font pas de numéros avec ! » Comme si les éléphants maltraités à Besançon par le cirque de Saint-Petersbourg, apparaissant en 2018 sur une vidéo virale, ainsi que les pingouins et otaries du Cirque sur l’eau, dressés à la traversée d’obstacles dans leurs 60 000 litres d’eau de piscine, étaient des animaux de compagnie, condamnés à l’itinérance pour le seul plaisir désintéressé de leurs maîtres !

En tout état de cause, numéros ou pas, l’exploitation animale perdure à Besac. Comme le rappelle le site politique-animaux, baromètre indépendant de l’engagement des élus en faveur du bien-être animal, Besançon n’a jamais cessé d’accueillir les cirques Pinder, Medrano et consorts, autant d’amuseurs détenant jusqu’à vingt heures par jour certains animaux sauvages, notamment des tigres, dans des geôles d’à peine sept mètres carrés. L’inertie de la Ville face à cette situation vaut d’ailleurs au maire de se voir attribuer la note de 2,1 sur 20 sur le même site. La bâche ne paraît pas injustifiée puisque d’après nos recherches, aucune décision n’a été prise pour interdire les spectacles avec animaux, ni à Besançon, ni dans les autres communes de l’agglomération [cf. vidéo du cirque Zavatta accueilli sur la commune de Franois]. « Le maire et le préfet sont tous les deux défavorables à l’idée d’un arrêté interdisant ces activités » confirme l’association Humanimo.

Ménagerie du Grand cirque sur l’eau

Eh oui, Jean-Louis Fousseret, celui-là même qui prétend s’opposer vertueusement à l’exploitation animale par les cirques, refuse en réalité de le faire. Au conseil municipal du 4 Avril 2016, deux élus d’opposition avaient proposé une motion visant à interdire les cirques avec animaux, à l’instar de dizaines de communes françaises. JLF s’y était alors farouchement opposé, qualifiant ce projet de « politicaillerie » et de « démagogie ». « On ne serait pas fiers [d’être les premiers de la région a adopter ce genre de motion] » raillait-il. Et Anne Vignot, son adjointe EELV, de renchérir : « Nous nous abstiendrons de voter cette motion, dont les objectifs montrent la volonté de s’attacher plus à une activité – le cirque – qu’à la cause animale dans toutes ses facettes ». Tout en se gardant bien sûr de proposer une motion plus complète… La politique de l’autruche semble avoir de beaux jours devant elle.


Photographie : Devanture d’un cirque © AR / Le Compost