Débat national ou entre-soi politique ?

La République en marche souhaite-t-elle vivre dans son petit microcosme ? C’est la question qu’on pouvait se poser vendredi dernier au débat national organisé par LREM en présence de son porte-parole Stanislas Guerini. Car le public devait parfois décliner son identité, hausser le ton ou jouer des coudes pour pouvoir entrer dans la salle Proudhon, où se tenait à Besançon cet événement ressemblant davantage à un meeting politique savamment filtré qu’à la « réunion ouverte » promise par l’exécutif.

« Vous êtes ? Vous n’entrez pas, monsieur ! Pas avec votre micro ! » Arrivé parmi les premiers sur le palier de la salle Proudhon, je suis également le premier à être poussé en arrière par cinq agents de sécurité en rang d’oignons. Une conseillère du maire [se présentant comme journaliste sur l’enregistrement ci-après] vient leur prêter main forte. La jeune femme fait partie des personnes chargées de noter les doléances et propositions de la population… Pas d’enregistrements sans carte de presse, m’explique celle qui semble bien décidée à restreindre la publicité des débats, en méconnaissance des principes démocratiques. Je suis alors contraint de menacer d’appeler le secrétaire général de la Préfecture, désigné comme étant le garant de la bonne tenue du débat national, pour que l’accès à celui-ci, censé être totalement libre, me soit enfin autorisé par un militant macroniste.

Quelques minutes plus tard, plusieurs de ses collègues viennent à leur tour suppléer les vigiles. Il faut cette fois faire obstacle au petit groupe de gilets jaunes pacifiques venus participer au débat. « Oh là là, il y a des personnes politisées qui veulent entrer ! » entend-on dire dans la salle sur le ton de l’inquiétude.  Face au péril jaune, les organisateurs invoquent évidemment de prétendus problèmes de sécurité : « il n’y a pas assez de places pour tous dans la salle ! » La jauge de celle-ci est pourtant loin d’être pleine, il est encore possible de s’y assoir ou de se tenir debout à proximité du dernier rang ; les gilets jaunes décident donc de former une mêlée de rubgy pour forcer l’entrée. « Nous ne sommes pas des citoyens de seconde zone ! Vous n’auriez pas pu nous inviter dans une cabine téléphonique ? » raillent des Bisontins venant de franchir le seuil de la porte à la sueur de leur front. « Si vous gérez le pays de la même manière que celle dont vous avez organisé ce débat, permettez-nous de douter de vos compétences ! » Pour tenter de calmer le jeu, Alexandra Cordier, référente LREM du Doubs, rappellera que « l’écoute est l’ADN d’En Marche ». Ouf, on aurait pu ne pas le comprendre !

Photographies : Débat national, le 18 janvier 2019 à Besançon © AR / Le Compost