Gilets jaunes : le double discours de Jean-Louis Fousseret

Le 7 Janvier dernier, Jean-Louis Fousseret organisait en hâte une conférence de presse au sujet des gilets jaunes. Soit deux jours à peine après la publication d’un article du Compost, largement diffusé, dans lequel nous révélions que l’élu considérait les « GJ » comme des « zadistes venus casser, tuer et foutre en l’air la République ! » Faisant table rase de ses plus belle sorties sur les gilets jaunes, l’élu explique à présent aux médias qu’il « respecte » ceux-ci. C’est ce que nous apprend en effet macommune.info – un média co-dirigé par la fille du maire – dans un article donnant la parole à un Fousseret qui prétend distinguer les casseurs des manifestants pacifiques participant à l’actuel mouvement social.

A la lecture de ces récentes déclarations aux allures de démenti, on a été pris d’un doute. Aurait-on calomnié le maire en affirmant qu’il comparait les gilets jaunes aux zadistes et les zadistes aux criminels ? Aurait-on mal restitué ses propos lors des réunions locales de la République en marche, auxquelles nous nous rendons en tant qu’observateurs ? Pour dissiper toute ambiguïté, nous sommes retournés à nos carnets chercher les propos de l’élu, scrupuleusement notés lors de l’un de ses derniers discours aux militants. Les voici intégralement ou presque.

« Je pense que les choses sont en train de tourner actuellement. Il y a beaucoup de personnes qui sont très mécontentes [des gilets jaunes] mais qui n’osent pas le dire. Les gilets jaunes, j’essaie de les éviter pour l’instant. C’est des fous furieux ! Ce ne sont plus ceux qui étaient là au début : les retraités, les papas, les mamans. Moi, j’ai eu le préfet samedi dernier. Ce sont des zadistes. Tous les zadistes de tout Notre-Dame-des-Landes, ils sont allés voir l’ensemble de la France. Ils sont armés. Ils viennent pour casser, ils viennent pour tuer, ils viennent pour foutre en l’air la République ! Je le disais à une réunion de France urbaine : il faut aider le chef de l’État mais il faut surtout sauver l’Etat ! Parce qu’on en est là aujourd’hui ! J’en parlais avec une personne au travail, qui me disait qu’elle avait été bloquée à un rond-point où on lui a dit ‘Qu’est-ce que c’est que c’te bagnole ! Mets ton gilet jaune ! Si tu ne mets pas ton gilet jaune, tu ne passes pas !’ Et ils crachent sur la bagnole, ils souillent la bagnole ! Alors je pense qu’il faut se faire remarquer, montrer qu’on existe. Je suis pas un spécialiste des réseaux sociaux mais c’est certainement là qu’il faut faire des choses.  Aujourd’hui, je vous donne un conseil, on n’est pas suffisamment organisés et en forme pour manifester dans la rue. Vous allez vous faire massacrer ! Ce n’est pas un manque de courage, c’est un problème de responsabilité ! »

On comprend donc mal, devant ces propos univoques, de quelle manière M. Fousseret respecte les gilets jaunes. Plusieurs scenarios paraissent possibles. Soit l’édile a subitement changé d’opinion politique au gré des évènements – ce ne serait pas la première fois – et si tel était le cas, on espère qu’il s’excuserait bientôt auprès de ses militants d’avoir diffusé des informations inexactes au sujet des gaulois réfractaires. Soit le « maire-président », comme aime à l’appeler son entourage, recourt à la technique de « l’en même temps » présidentiel consistant à tenir des propos contradictoires face à la population. Chaque gilet jaune pouvant probablement être à la fois un casseur venu massacrer et une personne respectable.

Photographie : Acte 8 des gilets jaunes à Besançon © Le Compost