Macron à Besançon : la ville en état de siège

Ah, qu’elles étaient belles les retrouvailles d’Emmanuel Macron et de son protégé Jean-Louis Fousseret, vendredi 16 Novembre, lors de l’inauguration du musée des Beaux-Arts de Besançon ! La presse locale avait annoncé dans ses pages un « événement ouvert et festif ». On a surtout pu y voir un déluge de gaz lacrymogène, de barrières Vauban et de flics aux pratiques de censeurs…

« Coupez votre caméra ! Vos papiers ! Vous habitez où ? » Tel est l’accueil policier qu’on me réserve rue Courbet, alors que je me promène hors de la zone réservée aux notables, triés sur le volet, autorisés à écouter le discours de Jupiter. Bref moment de flottement… Je tends ma pièce d’identité et réponds aux banalités de base qui me sont demandées. Mais l’interrogatoire improvisé auquel on me soumet tourne vite à la revue de presse, façon police politique : « Vous ciblez qui sur votre média ? Vous diffusez comment ? Quels sont vos sujets de prédilection ? » demandent deux officiers de police judiciaire en civil, dépourvus de brassard « police » au bras et accompagnés d’un commissaire divisionnaire. On me palpe face contre un mur. Sur le trottoir d’en face, d’autres agents empoignent d’autres badauds par le colbac. Mon dictaphone « pourrait être un objet dangereux », m’explique-t-on… après m’avoir ordonné de ne rien enregistrer avec. Les  poulets découvrent dans l’une de mes poches ce qu’ils croient être ma carte de presse, que je leur ai pourtant déjà montrée, et me promettent alors de m’emmener au commissariat si je refuse de la sortir. L’infraction de non-présentation de ce document n’existant pas plus que l’obligation d’être dûment appointé par la Macronie pour écrire un article ou déambuler sur la voie publique, je suis finalement relâché, à force de beuglements et protestations.

Direction la rue Pasteur, où l’ambiance est encore plus festive et ouverte. La police filme et gaze 1 des agents hospitaliers dont le rassemblement, prévu le même jour Place de la Révolution, a été interdit par le Préfet du Doubs, soucieux de préserver cet endroit du danger considérable que pouvait représenter la cinquantaine de syndicalistes adhérant à Force Ouvrière. Quelques manifestants scandent des « Macron démission ! » tandis que deux journalistes crachent leur plèvre dans un coin, atteints par les substances volatiles des CRS. De l’autre côté du barrage des forces de l’ordre, la Place Pasteur, accessible selon les autorités, est « en même temps » bouclée. L’habituel marché des brocanteurs ? « Il n’y en aura pas, on a fait remballer la marchandise ce matin » lâche un condé. A quelques encablures, une dame octogénaire parvenant à peine à marcher tente vainement de rentrer chez elle. « Monsieur l’agent, j’habite ici ! – Vous avez un justificatif ? – Non. – Alors demi-tour ! »

C’est dans ce contexte pour le moins ouvert que le président de la République sera venu « au contact de la population »  (notamment les gradés de l’armée, la régie publicitaire de certains promoteurs immobiliers ainsi qu’Eric Alauzet, heureux comme un député écologiste devenu opportunément LREM). De quoi renouer une amitié brisée avec la France d’en bas !

1. « Une grenade lacrymogène préventive » selon France 3…


Image : Emmanuel Macron lors de l’inauguration du musée des Beaux Arts à Besançon ; DR / Présidence de la République

Vidéos : Le Compost