Le salafisme à la page

Êtes-vous déjà entré dans une librairie salafiste ? On y trouve toutes les explications pour adopter les coutumes des plus dangereux oulémas : incitations au meurtre, éloges de la lapidation, de l’amputation punitive, exhortations à la violence contre les femmes et les incroyants. Le Compost est parti à leur rencontre dans plusieurs villes françaises pour vous rapporter un florilège de recommandations islamistes.

Dans l’orbe des mosquées françaises se trouvent, d’après nos recherches, au moins 120 librairies musulmanes dans lesquelles prospère une rhétorique extrémiste en vente libre. Chiffre auquel il faut évidemment ajouter les stands confessionnels sur les marchés et les sites de vente sur internet. Force est d’admettre que les salafistes occupent dans l’hexagone un rôle central dans la diffusion de la pensée islamique, confortés par l’actuel déclin des Frères musulmans et l’important financement de leur propagande par des pays sunnites tels que l’Arabie saoudite. Alors que la nécessité de favoriser un « Islam de France » occupe les gouvernements successifs depuis de nombreuses années, on assiste actuellement au déploiement rapide et discret d’un courant de l’Islam intolérant, promu librement par des fanatiques. Et pour cause, à ce jour, aucun de leur livre n’est frappé d’interdiction ou soumis au moindre contrôle.

Chaque premier lundi du mois, le marché du parking Battant, à Besançon, accueille un stand sur lequel de la prose salafiste est commercialisée au nez et à la barbe de la municipalité. Même observation à Nancy : à quelques pas seulement de la place Stanislas se trouve depuis 2011 la librairie Safiyya, qui propose également des produits traditionnels et cosmétiques. Malgré son apparence extérieure modeste, l’établissement fait recette. Il enregistrait en 2017 un chiffre d’affaires de 55 000 euros et aurait donc vendu au moins 4000 publications au cours de l’année. Son gérant, un barbu affable en tenue traditionnelle, souhaite perpétuer un Islam « sans innovation » identique à celui qui était, pense-t-il, pratiqué à l’époque du prophète Mahomet. Ses rayons recèlent de nombreuses collections de livres publiées par Al-Hadîth, Dar al Muslim, ou des maisons d’édition plus confidentielles donnant la parole à des religieux contemporains et sectaires, souvent originaires du Moyen-Orient, dont nous avons également retrouvé la prose surabondante à Lyon. Des « savants » évoquant tous les sujets de préoccupation de leurs pieux lecteurs, du rôle de la femme, bien sûr servile, aux manières d’humilier les juifs, les chrétiens et les athées, forcément ennemis et louches de mœurs.

On ne salue pas le mécréant… on le tue !

Dans sa boutique on feuillette un opuscule qui ne retient pas vraiment l’attention par le choix du titre : La foi véritable et les caractéristiques des croyants. Quelle perle découvre-t-on pourtant dans ses pages ? Une dissertation sur les sanctions adaptées aux imprudents qui ne suivraient pas la voie du Très Haut ! Selon son auteur, l’apostat peut être tué et le fornicateur châtié physiquement. Le voleur, quant à lui, doit légitimement craindre de se faire couper un bras. Le livre est évidemment dépourvu de mentions légales. Impossible de savoir qui l’édite et le distribue. Conseils aux femmes musulmanes, figurant parmi les best-sellers de la même boutique, n’encourage guère plus la douceur et le vivre-ensemble. Le livre conseille de ne pas saluer les juifs et chrétiens en premier et, si nous croisons leur chemin, de ne pas s’écarter pour leur laisser le passage. « C’est là une humiliation pour les mécréants et un avilissement » explique l’auteur, un brin perfide. D’autres textes d’éminents exégètes, comme Consignes à l’usage du médecin musulman, déconseillent aux praticiens de soigner les non musulmans, craignant apparemment une contagion des croyances.

L’épouse modèle, esclave sexuelle ou femme battue

Mais ne nous arrêtons pas en aussi bon chemin, découvrons ce que les auteurs salafistes pensent de l’attention due aux femmes. D’après l’auteur du fascicule Nouveau départ avec mon mari aux éditions Al Hadîth, « l’épouse vertueuse est la bonne affaire ». Sublimée avec autant de poésie, on l’imaginerait presque en promotion dans les têtes de gondole ! « Quel que soit le niveau de connaissance de la femme, l’homme est plus grand qu’elle car il est homme ; […] les hommes ont une prédominance sur les femmes » explique le savant. Et d’ajouter une justification sexiste à la limite de la tautologie : « Les femmes manquent de raison, parce que le témoignage de deux femmes vaut celui d’un homme ».

C’est parce qu’elles sont considérées stupides par leurs pairs que les femmes salafistes, en tout cas les femmes des salafistes, doivent perpétuellement vivre sous l’autorité de leurs « tuteurs », appelés les marwhams. Ainsi leurs ascendants et descendants de sexe masculin (pères, grands-pères, oncles, frères aînés ou benjamins, neveux et cousins) les empêchent d’exercer certains de leurs droits, tels que celui de sortir de chez elles ou de choisir leurs fréquentations. L’article 1er de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, selon lequel « les hommes naissent et demeurent libres égaux en droits », n’a qu’à bien se tenir ! Dans Les règles du mariage, dont la couverture est ornée de petits cœurs roses, nous apprenons même que la femme ne peut choisir son mari sans l’accord de ses marwhams : « Les hommes ont autorité sur les femmes en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens ». En application de ce principe, chaque mariage salafiste doit en être célébré avec le consentement du « tuteur de la femme, qui prend en charge les affaires de celle-ci », faute de quoi l’union matrimoniale est annulée et la femme – elle seule – s’expose à la peine de mort par lapidation. Interrogé par Le Compost au sujet du risque que représente la diffusion de ce genre de recommandations, un libraire parisien de la rue Timbaud s’esclaffe aux côtés de deux femmes vêtues de jilbabs noirs relevés jusqu’au nez : « Vous découvrez qu’il y a une dichotomie entre la loi française et certaines mœurs islamiques ? C’est bien français de s’émouvoir de ça ! Les femmes salafistes sont soumises, et alors ? Vous tolérez bien les pratiques des sado-masos, non ? » On décide alors de contacter un autre libraire : « Ma femme et moi nous sommes mariés sans l’accord d’un tuteur. Pensez-vous qu’elle doive être lapidée, tel que c’est indiqué dans vos livres ? demande-t-on naïvement. – Oui, c’est ça, vous avez compris.»

Une fois mariées, les femmes qui échappent aux jets de pierres doivent « porter le voile, baisser le regard et rester dans leurs demeures ». Et bien sûr se tenir disponibles sexuellement à tout moment, qu’elles soient d’humeur aride ou occupées en cuisine. Quand il a envie de sexe, l’homme salafiste n’a pas besoin d’être très inventif pour passer du désir à la réalisation, sa femme étant tenue de répondre favorablement à toutes ses instances. « Si l’homme appelle son épouse au lit et qu’elle s’y refuse, les Anges la maudissent jusqu’au matin » (Un nouveau départ avec mon mari, éditions Al-Hadîth). Plus loin : « Le Prophète a dit que ‘Si l’homme convie son épouse à la satisfaire, qu’elle y réponde, même si elle est occupée au fourneau’ ». Gare à celles qui ne voudraient pas s’offrir pendant quelques jours ou souffriraient de vaginisme, elles risqueraient que leur devoir leur soit rappelé avec force : « Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et corrigez-les » (Conseils aux femmes musulmanes, éditions Dar-al-Muslim). Les initiateurs du mouvement Balance ton porc s’occuperont-ils bientôt de cette littérature halal ?


Photographie : Librairie salafiste sur le salon de l’UOIF, au Bourget © Le Compost


Addendum (24 Octobre 2018)

Suite à l’envoi de notre article à l’ensemble des députés français, deux parlementaires ont adressé une question au gouvernement concernant la vente de ces livres salafistes. A suivre…

Question de M. Olivier Demaisin au ministère de l’Intérieur

Question de M. Nicolas Dupont-Aignan au ministère de l’Intérieur